Surexposition

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samedi 15 novembre 2008

Françoiz Breut "À L'Aveuglette" (T-Rec)

Genre: Chronique à tâton

La voix de Françoiz Breut rappelle certains voyages, certains exils à l'aube ou à la tombée de la nuit, quand la lumière oscille entre chien et loup. Les précédents albums avaient déjà ces notes, ces tonalités mélancoliques, lancinantes et hypnotiques tour à tour. Les orchestrations sont délicates, lumineuses, puissantes, organiques. Voix, musique, paroles s'entremêlent dans une valse dont on ne sort pas totalement indemne. Et si ce nouvel opus semble plus grave que les précédents, il n'en est que plus équilibré, plus entêtant. Dunkerque est magnifique, portuaire, glacial, enivrant. De fil en aiguille (ouvrage de dames) est faussement léger, faussement résigné, alors que L'automne avant l'heure, morceau de clôture de l'album, semble résumer à lui seul l'univers de ce très beau A l'Aveuglette.

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mardi 11 novembre 2008

K "L'amour dans la rue" (Wagram)

De: Clémence Rouat

À: courrierdeslecteurs@trentetroistours.com

Objet: Courrier du coeur

Cher Docteur Advice, Je vous écrit car j'ai besoin d'un conseil. Voilà, je sors avec un garçon qui s'appelle K. Il est doux, drôle et gentil. J'ai rarement rencontré un garçon aussi romantique et attentionné que lui. Pas vraiment mielleux, juste romantique. Seulement voilà, il ne comprend pas que le romantisme, parfois, je n'en peux plus. Que parfois, c'est juste un peu trop cliché. Pas plus tard qu'hier, il a écrit dans une de ses chansons "faire le saut de l'ange en mer bleue du bonheur". Bon, il n'est pas toujours comme ça non plus. Parfois, il me parle de politique, de la barrière entre l'occident et les pays moins favorisés, mais il n'est même pas vraiment révolté, juste touché, un peu triste. Il me parle de la Suisse, son pays, comme d'un Eden, de la chance qu'il a d'être né là. Et quand il me parle d'amour, les fleurs et des oiseaux ne sont jamais très loin. Je pensais que c'était passager, que c'était parce que c'est le début de la relation. Mais, il y a trois jours, il m'a fait écouter son disque. Et là, j'ai eu une révélation : il est comme ça en vrai, tout le temps. Son disque lui ressemble tellement... C'est joli, c'est entraînant, souriant, assez obsessionnel, mais ça me laisse relativement indifférente. Ce serait tellement plus facile si j'avais quelque chose à lui reprocher, si je pouvais le rendre responsable. Mais non. Ce garçon est trop gentil. Mais ça ne marchera jamais. Ce n'est pas sa faute. C'est moi. Dr Advice, je ne sais plus quoi faire. Aidez moi !

lundi 13 octobre 2008

Alexis Loranger "33 Tours"

Genre: 33 tours et puis s'en va

Avoir un bon référencement internet n'a pas que des avantages. Et Alexis Loranger n'a sûrement pas pris le temps de se pencher sur le site de Trente Trois Tours avant de nous envoyer son album. Si le Québécois a fait traverser l'Atlantique à ce disque, pour ma part, je lui ai fait traverser une partie de la France. J'avais bien essayé de le chroniquer chez moi, mais, à coté de cet album, même l'idée de nettoyer les grilles d'aération à la brosse à dent paraissait séduisante. Il fallait donc que je trouve un moyen d'être "obligée" de l'écouter. Un train entre Bordeaux et Brest, 8h30 de voyage et 33 Tours pour seule bande son. Après avoir dormi 4h, lu trois fois l'Equipe abandonnée par mon voisin et compté douze fois le nombre de passagers dans mon wagon, je capitule. C'est donc peu après Quimper que je presse la touche "Play". Une seule écoute. Courage.

A la première chanson ça va. Je respire, je prend confiance, je sais que je suis capable de le faire. Mais, dès la seconde piste, les choses se gâtent. Le titre, Ras l'bol, aurait dû me mettre la puce à l'oreille. "Ras l'bol du cerveau reptilien / de tous les pouvoirs assassins / ras l'bol de tous les militaires / faudrait leur mettre une muselière / avant qu'avec leurs arsenaux / ils nous changent en viande de McDo". Les chansons engagées sont généralement très mauvaises, mais, avec l'accent québécois en sus, on a du mal à trouver ça crédible. Si ça n'était pas si atroce, on pourrait même trouver ça drôle. Les pistes se suivent et se ressemblent : de l'accordéon, des violons, et cet accent à couper à la hache. L'esprit parviendrait presque à faire abstraction de la musique. Jusqu'à cette adaptation d'Il pleure dans mon coeur. Verlaine est mort, aucun doute n'est permis, il est peut-être même mort plusieurs fois pendant ces 2 minutes 46. Arrivé à ce stade, je commence à avoir de sérieux problèmes de concentration. Je pensais avoir vu le fond; J'ai eu tort. Voilà Alexis Loranger qui se met à vanter les charmes de son pays et, moi, je me surprends à prier pour que mon lecteur mp3 se suicide. D'habitude, même dans le pire album on trouve une chanson qui se détache des autres, qui pourrait presque être sauvée. Ici, c'est une chute sans fin, chaque chanson est pire que la précédente. Et, sans que je m'en sois vraiment rendue compte, il ne reste que deux titres. Voilà les solos d'accordéon, et je me demande quelles formulations utiliser pour ma lettre de démission. Mais c'est déjà le dernier morceau, une minute seulement, je lui en serais presque reconnaissante, presque. Je relève les yeux, scrute mes voisins, aucun d'entre eux ne semble avoir noté le supplice dont je sors. Tant mieux, j'ai un peu honte, je me sens sale. Faire comme si ça n'était jamais arrivé. Je crois que je vais relire l'Equipe.

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