
Genre: 33 tours et puis s'en va
Avoir un bon référencement internet n'a pas que des avantages. Et Alexis
Loranger n'a sûrement pas pris le temps de se pencher sur le site de Trente
Trois Tours avant de nous envoyer son album. Si le Québécois a fait traverser
l'Atlantique à ce disque, pour ma part, je lui ai fait traverser une partie de
la France. J'avais bien essayé de le chroniquer chez moi, mais, à coté de cet
album, même l'idée de nettoyer les grilles d'aération à la brosse à dent
paraissait séduisante. Il fallait donc que je trouve un moyen d'être "obligée"
de l'écouter. Un train entre Bordeaux et Brest, 8h30 de voyage et 33 Tours pour
seule bande son. Après avoir dormi 4h, lu trois fois l'Equipe abandonnée par
mon voisin et compté douze fois le nombre de passagers dans mon wagon, je
capitule. C'est donc peu après Quimper que je presse la touche "Play". Une
seule écoute. Courage.
A la première chanson ça va. Je respire, je prend confiance, je sais que je
suis capable de le faire. Mais, dès la seconde piste, les choses se gâtent. Le
titre, Ras l'bol, aurait dû me mettre la puce à l'oreille. "Ras l'bol du
cerveau reptilien / de tous les pouvoirs assassins / ras l'bol de tous les
militaires / faudrait leur mettre une muselière / avant qu'avec leurs arsenaux
/ ils nous changent en viande de McDo". Les chansons engagées sont généralement
très mauvaises, mais, avec l'accent québécois en sus, on a du mal à trouver ça
crédible. Si ça n'était pas si atroce, on pourrait même trouver ça drôle. Les
pistes se suivent et se ressemblent : de l'accordéon, des violons, et cet
accent à couper à la hache. L'esprit parviendrait presque à faire abstraction
de la musique. Jusqu'à cette adaptation d'Il pleure dans mon coeur. Verlaine
est mort, aucun doute n'est permis, il est peut-être même mort plusieurs fois
pendant ces 2 minutes 46. Arrivé à ce stade, je commence à avoir de sérieux
problèmes de concentration. Je pensais avoir vu le fond; J'ai eu tort. Voilà
Alexis Loranger qui se met à vanter les charmes de son pays et, moi, je me
surprends à prier pour que mon lecteur mp3 se suicide. D'habitude, même dans le
pire album on trouve une chanson qui se détache des autres, qui pourrait
presque être sauvée. Ici, c'est une chute sans fin, chaque chanson est pire que
la précédente. Et, sans que je m'en sois vraiment rendue compte, il ne reste
que deux titres. Voilà les solos d'accordéon, et je me demande quelles
formulations utiliser pour ma lettre de démission. Mais c'est déjà le dernier
morceau, une minute seulement, je lui en serais presque reconnaissante,
presque. Je relève les yeux, scrute mes voisins, aucun d'entre eux ne semble
avoir noté le supplice dont je sors. Tant mieux, j'ai un peu honte, je me sens
sale. Faire comme si ça n'était jamais arrivé. Je crois que je vais relire
l'Equipe.
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