
Je vais vous faire un aveu, je suis une geekette. J'aime les réseaux sociaux
et l'influence qu'ils ont sur nos modes de vie et nos rituels de socialisation.
Je trouve fascinant la façon dont certains vont se jeter à corps perdu dans
toute innovation technologique alors que d'autres continuent à faire planer
l'ombre maléfique de la théorie du complot. Big Brother ou le méchant géant qui
veut savoir ce que vous avez mangé à midi et avec qui.
J'ai donc lu "Facebook m'a tuer" et je dois bien avouer que j'ai été
décontenancée. Ce livre, recueil de petites histoires, de portraits
d'utilisateurs de nouvelles technologies, se lit tout seul et très vite (2h
pour ma part). Alexandre des Isnards et Thomas Zuber reprennent, dans la
préface, la citation de Marc Zuckerberg "la norme sociale est en train de
changer". Je suis d'accord, bien évidemment Facebook, la géolocalisation et le
partage systématique d'information change notre environnement social et le
rapport à l'autre. Mais ce que les auteurs décrivent dans ce livre n'est pas
une norme. C'est une caricature parfois drôle parfois absurde.
Bien entendu, la caricature sert à mettre en exergue des tendances
sous-jacentes, à interroger sur les modes de vies et les attitudes sociales.
C'est d'ailleurs dans le sous-texte que réside l'intérêt de ce livre qui ne
serait autrement qu'un recueil d'anecdotes 2.0. Nous sommes des animaux sociaux
qui cherchons à prouver notre individualité dans la communication perpétuelle à
un groupe plus ou moins choisi. Nous sommes en permanence entre le réel et le
virtuel (je suis avec toi mais je le dis dans le monde numérique au même
instant). Notre faiblesse narcissique addictive à notre image reflétée dans la
multiplicité des regards portés sur notre identité numérique conforte notre
sentiment d'appartenance à une groupe. La validation de nos pensées, traits
d'humour et inquiétudes par les autres ("John Doe et 48 personnes aiment votre
statut") confirme notre individualité en même temps que notre adéquation au
groupe. Paradoxe.